Mark Carney a livré un discours solide à Davos la semaine dernière.
Cependant, son intervention à Québec adopte, selon moi, une vision beaucoup plus simplifiée de l’histoire canadienne
Dans la foulée, plusieurs journalistes ont critiqué PSPP.
Ils ont ridiculisé ses références aux Patriotes, à Louis Riel et à la déportation des Acadiens, alors qu’il répondait directement à la version romancée de l’histoire présentée par Mark Carney. Pour eux, ces épisodes appartiennent au passé et « ce n’est plus comme ça aujourd’hui »
Or, cette lecture embellie et simplifiée de l’histoire correspond souvent à ce qui est enseigné au Canada anglais.
Je crois que Mark Carney voulait bien faire en livrant un discours patriotique, mais il ne semblait pas réaliser que, pour une partie de la population, ses propos pouvaient être choquants.
Peu importe notre option politique, nous devons connaître notre histoire.
Ignorer le passé, c’est risquer de retomber dans les mêmes pièges — surtout quand notre destin n’est pas entièrement entre nos mains.
Ci‑dessous, j’ai relevé quelques exemples qui montrent qu’il existe plus de nuances que ce que certains politiciens laissent entendre. Il aurait été plus judicieux de ne pas nier les nombreuses tentatives d’assimilation et les épisodes de non‑collaboration avec la nation québécoise.
Quelques phrases clés sur l’histoire canadienne selon le discours de Mark Carney
- Les Plaines d’Abraham sont présentées comme un point de départ symbolique d’un Canada fondé sur la coopération.
- La Conquête de 1759 est interprétée comme un moment ayant mené à l’adaptation et la collaboration, plutôt qu’à l’assimilation.
- La défaite française aurait ouvert la voie à un modèle canadien basé sur la coopération entre peuples.
- L’histoire du Canada est décrite comme un choix récurrent de coopération plutôt que de domination.
une histoire de contrôle, pas de coopération
Après la Conquête, le Canada mise moins sur la coopération que sur le contrôle.
Très vite, les politiques d’assimilation ciblent les francophones et les peuples autochtones.
Et aujourd’hui encore, des mécanismes de contrôle agissent en arrière‑plan et continuent leur travail (Loi sur les Indiens, multiculturalisme, etc.).
De son côté, le Québec résiste grâce à son État et à ses institutions.
À l’inverse, les peuples autochtones, privés d’un pouvoir comparable, subissent des politiques de destruction culturelle beaucoup plus directes.
Quelques exemples de politiques d’Assimilation
- En 1755, les Britanniques ont déporté les Acadiens : Déportation des Acadiens (Encyclopédie canadienne)
- En 1763, la Proclamation royale a imposé le droit anglais et exclu les catholiques des postes publics : Proclamation royale de 1763 (Encyclopédie canadienne)
- En 1840, l’Acte d’Union a fusionné le Haut et le Bas-Canada → l’anglais est devenu la seule langue officielle du Parlement → Lord Durham a affirmé : « Les Canadiens français doivent être assimilés. » : Acte d’Union 1840 (Encyclopédie canadienne)
- Loi sur les Indiens (1876 – aujourd’hui) a imposé un statut juridique contrôlé par Ottawa → interdiction des traditions, pouvoirs étendus aux agents fédéraux : Loi sur les Indiens (Gouvernement du Canada)
- Les pensionnats (1880–1996) : enfants retirés de force, interdiction des langues, violences documentées. Le gouvernement déclarait : « Tuer l’Indien dans l’enfant. » : Commission de vérité et réconciliation (CNVR)
- 1912 : Le Règlement 17 en Ontario a interdit l’enseignement du français après la 2e année → résistance massive, écoles clandestines : Règlement 17 (Radio-Canada)
- Le Sixties Scoop (1960–1980) : enfants placés dans des familles non autochtones → perte d’identité culturelle : Sixties Scoop (Gouvernement du Canada)
- L’adoption du multiculturalisme (1971–aujourd’hui) : le Canada présente toutes les cultures comme égales, mais dans un cadre anglophone dominant.
- Les peuples autochtones perdent leur statut de nations fondatrices et voient leurs droits collectifs dilués dans une logique de diversité individuelle.
- Les communautés francophones hors Québec deviennent une culture parmi d’autres, plutôt qu’un peuple fondateur doté de droits historiques
- Les nouveaux arrivants s’intègrent presque toujours en anglais, ce qui accélère l’assimilation des francophones hors Québec.
- Le multiculturalisme masque les rapports de pouvoir et freine la reconnaissance de l’autonomie autochtone et des droits linguistiques francophones.
- 2018 – Doug Ford coupe dans les institutions francophones.
Il annule le projet de l’Université de l’Ontario français (15 novembre 2018).
Il abolit le Commissariat aux services en français.
Les universités bilingues perdent des programmes francophones.
Cet épisode devient le « Jeudi noir » des Franco‑Ontariens
Quelques exemples de non-collaboration récente
- 1944 : Ottawa refuse de garantir l’emprunt d’Hydro‑Québec, mais garantit ceux d’autres provinces.
- Donc, Québec se tourne vers New York pour financer son réseau
- 1960 : Ottawa s’oppose à la création de la Caisse de dépôt.
- 1982 : Ottawa rapatrie la Constitution sans le Québec, qui perd son droit de veto : Rapatriement de la Constitution (Encyclopédie canadienne)
- 2019–2024 : Ottawa finance des groupes qui attaquent la Loi 21 devant la Cour suprême → blocage institutionnel contre la souveraineté québécoise : Loi 21 et contestation (Le Devoir)
- Depuis les années 1950, Ottawa finance des programmes dans des champs provinciaux en imposant des conditions (santé, éducation, garderies, formation de la main‑d’œuvre).
- 2017–2019 – Crise des demandeurs d’asile : Ottawa laisse le Québec absorber presque tout l’afflux.: Pendant plusieurs mois, le gouvernement fédéral ne déploie aucune mesure structurante.
- Ainsi, le Québec assume seul l’hébergement, la scolarisation et les services sociaux.
- Puis, lorsque l’Ontario dénonce la pression sur ses propres services, Ottawa débloque enfin des fonds.
- À ce moment‑là, il annonce aussi quelques mesures de coordination.
Conclusion : une histoire de résistance, pas de coopération
L’histoire canadienne révèle une stratégie constante : intégrer de force tout ce qui s’écarte de la majorité anglophone.
Ainsi, francophones et Autochtones affrontent des politiques d’assimilation, des refus de collaboration et des blocages institutionnels.
Au final, leur parcours repose surtout sur la résistance, et très rarement sur la coopération.
Discours de Carney à Québec: un plaidoyer pour l’unité canadienne

