Étudiants Universitaire hors Québec : hausse des frais et exigence de français : L’impact sur la fréquentation

V2.1

En 2023, le gouvernement Legault a adopté deux mesures majeures visant les étudiants provenant des autres provinces canadiennes :

  • une hausse des frais de scolarité pour ces étudiants
  • l’obligation de suivre des cours de français dans les universités anglophones

Deux ans après leur mise en place, ces changements commencent à produire des effets visibles dans plusieurs universités.

Dans cette série d’articles, j’examinerai de façon statistique l’impact de ces mesures et leurs conséquences sur la composition de la population étudiante au Québec.

Évolution des étudiants hors Québec dans les universités Québécoises – données limités

l n’existe pas de sources fiables sur la baisse du nombre d’étudiants. La plupart des données disponibles regroupent les étudiants étrangers et les Canadiens hors Québec, ce qui mélange deux enjeux distincts. Je voulais éviter cette confusion, puisque la chute des étudiants internationaux relève surtout des décisions fédérales. Les seules informations utilisables proviennent donc des communiqués des universités touchées. Malgré leurs limites, elles offrent tout de même un ordre de grandeur

Il faut aussi préciser que cette analyse couvre uniquement la période 2022‑2024. Elle ne tient pas compte de la chute plus récente des étudiants internationaux liée aux nouvelles restrictions fédérales.

De plus, plusieurs incertitudes demeurent :

  • Nous ne savons pas encore s’il s’agit d’une tendance durable ni si elle pourrait s’accentuer.
  • Le profil des demandeurs pourrait changer : moins nombreux, mais peut‑être plus francophiles, plus fortunés ou différents sur le plan socio‑économique
  • Des données plus complètes seront disponibles, mais seulement dans quelques années.

Même avec des données limitées, une tendance se dégage pour la période 2022‑2024 : les étudiants étrangers augmentent légèrement, tandis que les étudiants canadiens hors Québec reculent fortement. Cette tendance précède la chute plus récente des étudiants internationaux liée aux mesures fédérales.

Dans les trois universités anglophones, la proportion d’étudiants étrangers a légèrement augmenté entre 2022 et 2024, d’environ 1 à 2 %. Cette tendance contraste avec la baisse des étudiants canadiens hors Québec, directement touchés par la réforme. Pour les étudiants provenant d’autres provinces, on observe une diminution plus marquée, de l’ordre de 11 à 17 %.

Bishop’s a été officiellement épargnée par la hausse des frais de scolarité, puisqu’il s’agit d’une petite université anglophone en région qui dépend fortement des étudiants hors Québec. Malgré cette exemption, l’établissement a tout de même enregistré une baisse des inscriptions provenant d’autres provinces. Cela laisse croire que d’autres facteurs pourraient aussi contribuer à cette diminution.

La mobilité interprovinciale en déclin : un élément à considérer dans l’analyse des inscriptions

Il n’existe pas de données récentes sur la proportion d’étudiants canadiens qui étudient hors de leur province. Le chiffre souvent cité d’environ 10 % n’est appuyé par aucune source publique récente, et aucun chiffre n’est disponible pour 2024. Statistique Canada a produit un exercice pour la période 2012‑2021, mais rien depuis. Malgré ce manque d’information, plusieurs signes indiquent une baisse générale de la mobilité interprovinciale.

Selon la SCHL, une hausse de 1 % du prix du logement dans une ville entraîne une baisse de 1 % des arrivées. Toutefois, on ne connaît pas la composition exacte de ces mouvements (travailleurs, étudiants, migrants temporaires, etc.).

Les données disponibles montrent que :

  • Les coûts du logement ont explosé depuis la pandémie.
  • Les loyers et les prix des maisons ont augmenté plus vite que les revenus.
  • les taux d’inoccupation sont très bas dans plusieurs villes canadiennes
    • Montréal fait partie des plus touchées, avec un taux autour de 1,5 % à 2 %, bien en dessous du seuil d’équilibre de 3 %
  • Le gouvernement fédéral reconnaît une crise du logement qui freine la mobilité

Il n’existe pas de données spécifiques sur la mobilité interprovinciale des étudiants. Par contre, plusieurs analyses montrent que la mobilité générale diminue depuis la pandémie. Les coûts élevés du logement réduisent les déplacements entre provinces, et une hausse de 1 % du prix du logement entraîne une baisse équivalente des arrivées.

Beaucoup d’inconnues demeurent :

  • Quelle est la composition exacte de la migration interprovinciale?
  • Les étudiants sont‑ils affectés de la même manière que les travailleurs
  • Sera‑t‑il possible, plus tard, de comparer l’effet de ce contexte sur Bishop’s par rapport à Concordia et McGill?

Effet de la réforme et baisse de la mobilité : deux dynamiques qui se superposent

On observe un effet réel de la réforme, mais il est difficile d’en isoler la part exacte. Les médias ont surtout mis l’accent sur la réforme elle‑même, mais son impact précis demeure inconnu. Elle pourrait simplement s’ajouter à une tendance déjà en cours : depuis la pandémie, les Canadiens se déplacent moins entre les provinces.

Le contexte national — crise du logement, hausse rapide des loyers et baisse générale de la mobilité — complique encore davantage les déplacements. Ce climat rend plus difficile l’interprétation des données actuelles.

Il est probable que, dans quelques années, de nouvelles données permettront de mesurer plus clairement la contribution de la réforme à la baisse des inscriptions. Pour l’instant, on peut surtout constater que la réforme et la baisse de la mobilité vont dans la même direction et se renforcent mutuellement.

Sources :

Statistique Canada – Mobilité géographique des diplômés du baccalauréat, 2012 à 2021

Le Quotidien – Effectifs postsecondaires 2022-2023.

ua quebec universities weather unprecedented storm – Recherche

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