L’initiative du siècle (Century initiative)

V1.1

L’Initiative du siècle (Century Initiative) est un lobby influent. Elle regroupe plusieurs acteurs importants du milieu des affaires à Toronto. Son objectif est simple : pousser le Canada vers 100 millions d’habitants en 2100 grâce à une hausse marquée de l’immigration.

En 2024, le gouvernement Trudeau affirme ne pas suivre ces recommandations. Cependant, les statistiques d’immigration, combinées aux déclarations présentant le Canada comme un « État postnational », créent un rapprochement qui soulève des questions

une projection qui semble trop simple

La projection la plus courante repose sur un calcul linéaire. On applique un taux de croissance constant de 1,16 % pendant 76 ans. Le résultat atteint alors 99,6 millions d’habitants, soit presque 100 millions.

  • Population du Canada en 2024 : 41,5 millions
  • Immigration annuelle en 2024 : 483 390 personnes (1,16 %)
  • Horizon : 2024 → 2100
  • Hypothèse : croissance naturelle nulle

À première vue, cette projection semble suivre la logique de l’Initiative du siècle. La coïncidence paraît étroite. Cependant, on remarque rapidement que ce groupe est composé surtout d’acteurs financiers et non de démographes. Ainsi, on comprend vite que l’hypothèse centrale est erronée. La croissance naturelle n’est pas nulle. Au contraire, elle est négative en raison d’une fécondité très faible. Cette réalité modifie complètement la trajectoire démographique.

Le rôle central de la faible fécondité

Le taux de fécondité canadien est d’environ 1,25 enfant par femme. Ce niveau est très loin du seuil de remplacement. Chaque génération devient donc plus petite que la précédente. La population peut encore croître, mais uniquement grâce à l’immigration. Dans ce contexte, atteindre une population de 100 millions en 2100 devient irréaliste sans un afflux migratoire massif et soutenu sur plusieurs décennies

Quelques constatations

1. La croissance de 1,16 % ne peut pas durer

La fécondité reste très faible, autour de 1,25 enfant par femme, ce qui accélère le vieillissement. Les naissances diminuent, le déficit naturel augmente et les décès dépassent les naissances. Dans ces conditions, même un afflux important d’immigration ne suffit pas : la croissance ralentit, se stabilise, puis finit par reculer avant 2100. Ainsi, les projections montrent que la population atteint un plateau autour de 50 à 55 millions, bien loin des 100 millions visés. En bref, la croissance actuelle n’est pas durable, car elle repose sur une base démographique qui s’érode.

2. La composition de la population évolue

La structure interne de la population change rapidement. La faible fécondité touche tous les groupes, et elle affecte particulièrement les Canadiens de souche. Dans ce contexte, l’immigration devient la principale source de renouvellement. Elle soutient la population active et transforme progressivement la composition culturelle du pays.

Dès 2041, cette évolution devient visible : plus de la moitié de la population provient de l’immigration récente, incluant les nouveaux arrivants et leurs enfants nés au Canada. Par la suite, la tendance se poursuit jusqu’en 2100. La proportion de personnes d’origine immigrée augmente, tandis que celle des Canadiens de souche diminue graduellement.

Vers la fin du siècle, un scénario réaliste montre une population composée à 60–70 % de personnes issues de l’immigration récente, contre 30–40 % pour les Canadiens de souche. Cette évolution découle directement de la faible fécondité et du rôle central de l’immigration dans la croissance démographique..

3. Le poid du Québec en diminution dans le Canada

Le Québec suit une trajectoire différente. Son taux de fécondité est légèrement plus élevé que la moyenne canadienne. Il tourne autour de 1,33 enfant par femme, contre 1,25 au Canada. Ce niveau reste très faible. Il ne permet pas le renouvellement des générations.

Ensuite, la croissance démographique du Québec reste limitée. L’immigration y est plus faible que dans le reste du pays. Elle augmente, mais elle ne compense ni le vieillissement ni la baisse naturelle des naissances.

Avec le temps, le poids du Québec dans la fédération diminue. Sa part dans la population canadienne recule chaque décennie. Elle était de 27 % en 1971. Elle est maintenant de 22 %. Si la tendance se maintient, la part du Québec passera sous les 20 % avant 2050.

Cette baisse a plusieurs conséquences. Elle réduit l’influence politique du Québec. Elle diminue aussi son poids économique relatif. Le Québec détient moins de sièges à Ottawa. Il pèse donc moins dans les décisions fédérales.

Par ailleurs, la composition interne change elle aussi. L’immigration transforme la structure linguistique. Le français reste majoritaire, mais sa position s’affaiblit progressivement.

En conséquence, cette dynamique crée un risque réel. Le français pourrait perdre son rôle de langue commune. Il pourrait devenir une langue parmi d’autres. Le Québec perdrait alors un levier essentiel de cohésion.

En résumé, le Québec fait face à trois pressions :

  • il vieillit plus vite,
  • il croît moins vite,
  • et il intègre plus difficilement.

Au final, ces forces réduisent son poids dans la fédération. Elles modifient son équilibre linguistique. Elles limitent aussi sa capacité d’influence

Quelques sources

Century Initiative

Bilan démographique du Québec | Croissance migratoire élevée, fécondité à son plus bas

Statistiques sur la population et la démographie

Le bilan démographique du Québec en 2024 : un accroissement migratoire qui demeure élevé, un creux historique pour la fécondité

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